Je défends une conviction simple : une société qui ne sait pas transmettre ses savoirs ni former ses travailleurs se condamne au déclin. L'école doit retrouver son attractivité pour les enseignants. La formation professionnelle doit coller aux besoins réels des territoires. Et les filières techniques et artisanales doivent cesser d'être traitées comme des voies de relégation.
Métier enseignant Rendre le métier d'enseignant attractif et stable
La France fait face à une crise structurelle de recrutement enseignant. Ce n'est pas une crise de vocation — 83 % des enseignants en exercice considèrent leur travail comme utile à la société. C'est une crise de conditions de travail, de salaires, de reconnaissance et d'instabilité des réformes.
En 2024, 3 076 postes d'enseignants sont restés vacants à l'issue des concours — 1 350 dans le premier degré, 1 726 dans le second degré. Dans certaines disciplines, le ratio candidats/postes frôle 1 pour 1 : en allemand (1,02), en lettres modernes (1,05), en physique-chimie (1,14), en mathématiques (1,16).
La même année, l'Éducation nationale a enregistré 1 452 démissions et 757 ruptures conventionnelles — des chiffres en hausse continue depuis plusieurs années.
›Revaloriser les salaires enseignants, en priorité en milieu de carrièrecliquer pour en savoir plus
La France consacre une part plus faible de son PIB aux salaires enseignants que la moyenne des pays de l'OCDE. Les débuts de carrière ont été améliorés ces dernières années, mais les milieux de carrière stagnent — là où la démotivation s'installe. Un décret de revalorisation pris au printemps 2025 n'avait pas encore été mis en œuvre au moment des débats budgétaires de décembre.
Je défendrai une revalorisation ciblée des grilles salariales en milieu de carrière, financée par une trajectoire budgétaire pluriannuelle — pas par des coups de pouce ponctuels qui créent des attentes puis des déceptions.
›Stabiliser les formations et les réformes pédagogiques sur des durées minimales de 5 anscliquer pour en savoir plus
La France a connu six ministres de l'Éducation nationale en quatre ans. Chaque ministre apporte ses réformes, ses priorités, ses outils — et le suivant repart souvent de zéro. Cette instabilité chronique désoriente les enseignants, épuise les équipes pédagogiques et rend impossible toute évaluation sérieuse des politiques engagées.
Je proposerai d'inscrire dans la loi une durée minimale d'application de 5 ans pour toute réforme pédagogique structurante — avec une évaluation indépendante obligatoire avant toute modification. Pas de réforme sans bilan de la précédente.
›Réformer la formation initiale des enseignants pour une entrée progressive dans le métiercliquer pour en savoir plus
Le rapport sénatorial sur le métier d'enseignant préconise de permettre une confrontation au métier le plus tôt possible dans les études — dès la licence pour les futurs professeurs des écoles. Aujourd'hui, les enseignants sont souvent projetés seuls devant une classe sans préparation pratique suffisante, ce qui contribue au choc des débuts de carrière et aux démissions précoces.
Je défendrai une réforme de la formation initiale qui combine acquisition académique et pratique professionnelle simultanées, avec une entrée dans le métier progressive — et un statut d'élève-fonctionnaire rémunéré dès la phase de formation, pour rendre le parcours accessible à tous les milieux sociaux.
Voie professionnelle Revaloriser les filières professionnelles et techniques
La voie professionnelle est encore trop souvent perçue comme une voie de relégation pour les élèves en difficulté. Pourtant, l'apprentissage en CAP ou en Bac pro offre des taux d'insertion professionnelle bien supérieurs à la voie scolaire équivalente — jusqu'au double dans certaines filières.
En apprentissage, deux jeunes sur trois trouvent un emploi dans les six mois suivant leur diplôme. Pour un CAP, le taux d'insertion à 6 mois est de 59 % en apprentissage contre 27 % en voie scolaire. Pour un Bac pro : 68 % contre 43 %.
Pourtant, 41 % des bacheliers professionnels échouent dans l'enseignement supérieur, faute d'une orientation adaptée et de passerelles suffisantes vers des formations courtes professionnalisantes.
La voie professionnelle est encore très stigmatisée et mal valorisée. Ce n'est pas une voie par défaut — c'est souvent le chemin le plus court vers l'emploi et l'autonomie. — Rapport de l'Assemblée nationale sur le baccalauréat professionnel, juillet 2025
›Créer un "bachelor professionnel" en 3 ans après le bac pro, pour ouvrir des perspectives dans le supérieurcliquer pour en savoir plus
Aujourd'hui, un bachelier professionnel qui veut poursuivre ses études se heurte à une alternative difficile : le BTS (2 ans, souvent inadapté) ou la licence universitaire (inadaptée à sa formation). 41 % échouent. Le rapport parlementaire de juillet 2025 propose de créer un "bachelor professionnel" en 3 ans, mieux articulé avec la formation reçue en Bac pro, qui permettrait une poursuite d'études réussie tout en débouchant sur des métiers qualifiés.
Je soutiendrai cette proposition et défendrai son financement dans les budgets de l'enseignement supérieur.
›Adapter la carte des formations professionnelles aux besoins réels des bassins d'emploicliquer pour en savoir plus
Des filières professionnelles continuent d'accueillir des milliers de jeunes chaque année malgré des taux d'insertion proches de zéro. À l'inverse, des métiers en tension — soudeur, électricien, technicien de maintenance, développeur — manquent cruellement de candidats formés.
Je défendrai une révision régulière de la carte des formations, pilotée par les Régions en lien avec les branches professionnelles et les acteurs économiques locaux — avec une obligation de fermer les filières dont le taux d'insertion est durablement inférieur à un seuil minimum, et d'ouvrir celles qui répondent aux besoins des territoires.
›Valoriser les métiers manuels et techniques dans les orientations scolaires dès le collègecliquer pour en savoir plus
L'orientation vers les filières professionnelles se fait encore trop souvent par défaut — quand les autres voies sont fermées — et non par choix positif. Cette stigmatisation commence au collège, où les conseillers d'orientation privilégient systématiquement les voies générales et technologiques.
Je proposerai d'intégrer dans les programmes de collège des périodes de découverte obligatoires des métiers manuels et techniques, et de former les équipes d'orientation à présenter ces filières comme des choix positifs — avec des perspectives salariales, des débouchés concrets et des témoignages de professionnels.
Formation professionnelle Rendre la formation continue efficace et lisible
La réforme de 2018 a fait exploser le nombre d'apprentis — de 290 000 à 879 000 contrats en quelques années. Mais ce succès quantitatif s'est accompagné de dérives : des formations déconnectées des besoins du marché, un financement en déséquilibre structurel, et un système global illisible pour les usagers.
France compétences, l'opérateur national de la formation professionnelle, est en déficit structurel depuis 2020. Sa subvention de l'État s'élève à 913 millions d'euros en 2025 — et sera réduite à 673 millions en 2026, soit une baisse de 26 %.
Le Sénat qualifie l'écosystème de la formation professionnelle d'« archipel aux frontières floues » : 434 opérateurs, 317 organismes consultatifs, 1 153 organismes publics nationaux — dont beaucoup se chevauchent.
›Fusionner l'AFPA et les GRETA pour créer un service public unifié de la formation des adultescliquer pour en savoir plus
L'AFPA (Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes) et les GRETA (structures de l'Éducation nationale pour la formation continue) font en grande partie le même travail en parallèle — souvent dans les mêmes territoires, en concurrence l'un avec l'autre. Le Sénat a recommandé leur fusion dans un service public unifié de la formation.
Je défendrai cette fusion, qui permettrait de mutualiser les moyens, d'offrir une offre lisible aux demandeurs d'emploi et aux entreprises, et d'éviter les doublons coûteux — tout en maintenant une présence dans tous les territoires, y compris ruraux.
›Mieux flécher les financements de l'apprentissage vers les filières en tensioncliquer pour en savoir plus
La réforme de juillet 2025 a introduit un reste à charge de 750 € pour les employeurs qui forment des apprentis au niveau master — pour recentrer les fonds sur les formations courtes et les métiers en tension. C'est un premier pas, mais insuffisant : des filières sans débouchés continuent d'être financées, pendant que des métiers essentiels manquent de candidats formés.
Je proposerai un mécanisme de modulation des niveaux de prise en charge par France compétences, indexé sur les taux d'insertion à 6 mois et les besoins identifiés par les branches professionnelles — pour que l'argent public de la formation aille là où il crée de l'emploi.
›Simplifier et renforcer la Validation des Acquis de l'Expérience (VAE)cliquer pour en savoir plus
La VAE permet à un travailleur d'obtenir un diplôme ou une certification en faisant valider son expérience professionnelle, sans repasser par une formation complète. C'est un outil précieux de reconnaissance des compétences — mais il reste peu utilisé, car les procédures sont longues, complexes et souvent décourageantes.
Je défendrai une simplification radicale de la VAE — délais réduits, accompagnement renforcé, financement garanti — pour en faire un vrai outil de mobilité professionnelle accessible à tous, y compris aux travailleurs peu qualifiés qui ont le plus besoin de cette reconnaissance.
École & territoires Garantir l'égalité des chances sur tout le territoire
Les difficultés de recrutement enseignant créent des fractures territoriales profondes. Certaines académies pourvissent tous leurs postes ; d'autres peinent à trouver des candidats qualifiés. Les élèves des zones défavorisées — rurales ou périurbaines — sont les premiers touchés par cette inégalité.
›Créer des incitations financières pour l'affectation dans les académies déficitairescliquer pour en savoir plus
L'académie de Créteil accepte 61 % de ses candidats aux concours — contre 20 % à Rennes. Ce déséquilibre reflète une réalité simple : enseigner dans certains territoires est plus difficile, moins valorisé et moins attractif. Sans incitations spécifiques, cet écart persistera.
Je proposerai des primes d'affectation significatives pour les enseignants qui choisissent ou acceptent d'enseigner dans les académies déficitaires — non pas symboliques, mais à la hauteur du différentiel de conditions de travail. Et un accompagnement au logement pour les enseignants débutants affectés loin de leur région d'origine.
›Préserver les petites écoles rurales comme leviers de vitalité des communescliquer pour en savoir plus
La fermeture d'une classe ou d'une école dans une commune rurale n'est pas seulement une décision pédagogique — c'est souvent le début d'une spirale de désertification. Des familles partent, des commerces ferment, la commune s'étiole. Le maintien d'une école, même à faibles effectifs, est un investissement dans la vitalité du territoire.
Je défendrai l'inscription dans la loi d'un principe de concertation obligatoire avec le maire et le conseil municipal avant toute fermeture de classe ou d'école en zone rurale — avec une évaluation de l'impact territorial, et non seulement comptable, de la décision.
›Développer les internats d'excellence pour les élèves ruraux souhaitant accéder à des formations éloignéescliquer pour en savoir plus
Un élève rural qui veut accéder à une formation spécialisée — lycée technique, lycée professionnel dans une filière précise, classe préparatoire — est souvent freiné par l'éloignement géographique et le coût du logement. Cet obstacle reproduit les inégalités sociales : les familles qui ont les moyens contournent le problème, les autres renoncent.
Je proposerai de développer et démocratiser les internats d'excellence — en augmentant les places disponibles et en rendant les bourses d'internat accessibles à tous les élèves des zones rurales éloignées des formations qu'ils visent, indépendamment du niveau de revenus familiaux.